De l’enfance oubliée

Avons-nous oublié,
Avons-nous tout perdu,

De ces moments sacrés,
De nos mains et pieds nus,

Qui lançaient des cailloux et foulaient la terre sèche,
Écorchant les genoux, arrachant l’herbe fraîche,

Quand tout était sérieux mais jamais étouffant,
Quand on jouait à la vie comme à un jeu d’enfant ?

Et bien sûr que le temps, les chutes et les entorses,
Ont pu avoir raison de quelques naïvetés,

Mais doit-on oublier nos entailles et nos forces,
Dans un monde fait de normes et de conformités ?

Que faire de l’impulsion qui naît des coeurs ouverts,
Des mots tremblants de Brel, des poèmes de Prévert ?

Je voudrais que l’adulte que je me crois parfois,
Laisse toujours, au dedans, parler la petite voix,

Celle qui n’ose, celle qui tremble, celle qui aime sans savoir,
Celle qui ne veut prouver, celle qui veut juste avoir,

Encore, pour une seconde, des frissons sur les bras,
Encore, pour quelques temps, le plaisir d’être moi.