Une naissance chez nous

Je n’aurai jamais pensé accoucher à domicile. C’est par hasard, en tombant sur un article sur le sujet, que j’ai découvert que c’était encore possible (en France et, bien sûr, partout ailleurs).

À ce moment là, je ne savais pas trop où me situer entre l’effroi (« mais comment font-elles ? »), l’admiration (« mais comment font-elles ? ») et le mépris (« quelle inconscience… »). Et puis, il faut croire qu’une petite graine avait été semée (enfin, une seconde !). J’ai lu, cherché, remis en question…et finalement, notre fille est née chez nous !

Pour tous les parents, qui comme nous, cherchent des informations et partages d’expériences, j’avais envie de raconter notre histoire.

Pourquoi nous en avions envie ?

A force d’échanges et surtout de lectures, j’ai fini par être convaincue des bienfaits de l’accouchement naturel (ou « physiologique »), impliquant un recours minimal à la médecine.

Je ne nie pas que les interventions médicales soient dans certains cas être utiles, nécessaires, voire même essentielles. Je regrette seulement qu’une prévention généralisée et que la banalisation de certains actes puissent conduire à diriger ou à influencer et au final, à laisser moins de place à l’écoute de la maman.

Dans notre cas, c’est après avoir visité deux maternités que je me mise en quête d’une autre solution. Je ne m’y étais pas sentie à l’aise du tout, et j’arrivais encore moins à me projeter pour y accoucher. J’ai donc d’abord recherché une maison de naissance. Comme nous n’en avions pas près de chez nous, je me suis tournée vers l’accouchement à domicile, sans être alors vraiment certaine de suivre cette possibilité. Mais nous avons eu la chance de trouver une sage-femme avec qui nous nous sommes très vite sentis à l’aise et en confiance. Nous avons donc décidé, au cinquième mois de grossesse, que j’accoucherai chez nous.

J’ai aimé préparer l’endroit où j’accoucherai

Quel plaisir de préparer mon petit nid en prévision de l’accouchement, mais en plus de ce plaisir, j’ai pu réaliser que je n’avais besoin de rien, ou presque : quelques alaises, de l’homéopathie, de la tisane. Le reste n’était que du plus que je m’offrais pour me sentir bien. Du rangement, du ménage, des bougies, une veilleuse. J’avais le sentiment de ne pas être seulement spectatrice, en attente du jour où…mais bien actrice, en attente du jour où. J’adorais voir trôner ma boite d’homéopathie sur notre commode, en songeant au moment où je l’utiliserai enfin… Et au milieu d’une infinité de possibles, j’avais l’impression d’avoir fait ma part de colibri.

J’ai aimé préparer le cocon où accueillir notre bébé

J’adorais penser que notre fille naîtrait dans un environnement calme, doux, chaud, encore chargé de notre attente et amour. Savoir que les premières odeurs qu’elle sentirait seraient celles de notre maison, de notre linge, qu’elle entendrait les bruits qui l’avaient bercée pendant la grossesse, que seules nos bras la porteraient. Et c’est ce qu’il s’est passé. Notre fille est née sous la pâle lueur des bougies, dans l’odeur de nos corps, au son de nos souffles et au toucher de nos mains…uniquement.

J’ai aimé me sentir à l’aise pendant tout le travail

J’avais deux grandes appréhensions à l’idée d’accoucher en maternité. La première était de devoir changer de lieu pendant le travail, et la seconde était de ne pas me sentir assez à l’aise pour faire ce dont j’aurais envie et besoin sur le moment.

Tout d’abord, devoir changer de lieu me semblait être une interruption vraiment abrupte d’un processus délicat et presque « sacré », au profit de nécessités purement organisationnelles : valise - clés de voiture (heu taxi en fait !) - position assise à se tortiller - bouchons (on vit en région parisienne) - stress du papa qui conduit (heu oui, vraiment taxi !) - marche en canard dans le hall de la maternité - arrivée dans une salle brièvement déjà vue - etc.

En restant à la maison, tout a été fluide et continu. De ma première contraction à 3h30 du matin jusqu’à 10h environ, j’ai pu feuilleter des magazines, passer de mon canapé à mon lit, boire du thé, tout ça sans me demander à quel moment il faudrait que je parte et sans « l’angoisse » de partir trop tôt ou trop tard.

Puis, lorsque les contractions se sont faites plus intenses et rapprochées, j’ai pu me mettre dans toutes les positions qui venaient spontanément : m’allonger sur le côté, m’accroupir, m’étirer sur le bord de notre commode, tirer sur le tee-shirt de mon mari et m’écrouler sur lui entre deux contractions, crier, souffler, ou m’endormir pour quelques secondes. J’avais l’intimité dont j’avais besoin pour me laisser aller. Certaines femmes seront sans doute assez à l’aise quelque soit l’endroit ou l’entourage. Je savais que j’avais besoin de cette intimité là pour m’écouter.

J’ai aimé laisser de la place à la spontanéité

Je pensais que je voudrais accoucher seule et tranquille, peut-être même dans le coin le plus calme et intime de notre appartement (hum, c’est à dire les toilettes, pas glamour mais bon !). Au final, ce n’est pas du tout ce qui s’est passé. Notre fille est née dans notre chambre, sur notre lit, pendant que son papa me soutenait (au propre et au figuré). C’est un souvenir qui n’a pas de prix et qui me donne encore des frissons. Je n’aurai jamais imaginé qu’il montrerait un tel soutien, un tel appui et une telle force. Et je doute que cela aurait été possible dans un contexte moins intime et ouvert à nos envies du moment.

J’ai aimé pouvoir limiter au strict minimum les sollicitations et soins venants de l’extérieur

Pendant le travail, notre sage-femme m’a demandée à chaque fois, très clairement, si je l’autorisais à intervenir. Je n’ai ressenti aucun stress ou urgence à lui répondre et mes souhaits étaient respectés. Au final, elle n’a fait que deux interventions « médicales » : un toucher vaginal au bout de deux heures de travail actif, et, juste un peu avant la naissance, elle m’a aidée à ouvrir un peu le col pour laisser passer la tête de notre puce. C’est tout !

J’aime cette vision du docteur Michel Odent sur la présence de la sage-femme : « Comment passer inaperçue et être en mesure de déceler l’anomalie ? Ainsi pourrait se résumer l’art d’être sage-femme. » (Michel Odent, Le bébé est un mammifère).

J’ai aimé me mettre à nue

Dans les quelques videos d’accouchements naturels que j’avais trouvées, les mamans étaient souvent nues. Ha bon ? Peu de personnes en général parlent des détails de leur accouchement. Je me souviens donc m’être demandée pourquoi toutes ces mamans décidaient, à un moment donné, de se déshabiller… J’ai eu la réponse en le vivant ! Quelle chaleur ! Sans même que j’en ai un souvenir très conscient, je me suis déshabillée pendant le travail, parce que j’avais trop chaud mais aussi parce que mes vêtements m’encombraient et gênaient mes mouvements. Je ne sais pas si j’aurai été assez à l’aise pour me mettre entièrement nue dans une salle de travail avec d’autres personnes que notre sage-femme et mon mari.

Et de ce fait, dès que notre fille est née, j’ai pu la poser contre moi et sentir toute sa chaleur et la délicatesse de chacun de ses mouvements, si petits et fragiles, blottie là contre moi.

J’ai aimé ne pas pouvoir changer d’avis sur la péridurale (après coup !)

J’étais certaine de ne pas vouloir d’anesthésie. Pourquoi ? Voici un article que j’ai bien aimé sur le sujet. Mais quand j’ai compris ma douleur, dans tous les sens du termes, j’aurais franchement pu craquer et la demander. « Ha non, quelle déception ! » Vous dites-vous ! Le mythe de l’idéaliste forcenée vient de tomber… Oui, et bien, de mon idéal d’accouchement facile, rapide et agréable, je n’ai eu que le côté rapide…

Mais heureusement (me dis-je après coup !), je n’avais plus le choix ! Alors que faire ? Arrêter et garder mon bébé au chaud ? Pour tout vous dire, sur le moment, j’y ai pensé. Mais, évidemment, j’ai continué, j’ai vécu, j’ai ressenti, j’ai crié. Et au final, quel bonheur, quelle grâce, quelle expérience unique gravée à jamais ! J’ai accompli cet acte par ma seule force, pour finalement sentir ma fille se frayer un chemin et glisser vers le jour… Alors je remercie encore celle que j’étais, celle qui a choisi de ne rien caché de ses sensations.

J’ai aimé avoir tous nos repères après sa naissance

Notre fille était née. C’était un bouleversement en même temps inquiétant et merveilleux. On sentait que rien ne serait plus jamais pareil, mais la transition a été vraiment douce en la vivant chez nous. Pas de perte de repère, pas de logistique, pas de valise à déballer, etc.

Notre sage-femme est repartie deux heures après la naissance et est revenue chaque jour. Chacune de ses visites était aussi longue qu’on le voulait. Ses venues nous ont apportées le soutien et le réconfort dont nous avions besoin. Ses absences ont renforcées notre confiance en nous en tant que nouveaux parents.

Nous avons également pu donner tous les premiers soins à notre fille nous-mêmes, les changes, la pesée et son premier bain chez nous, cinq jours après sa naissance.

Quand donner le premier bain ?

À la naissance, le corps du bébé est recouvert d’une couche blanche appelée Vernix caseosa. Elle est absorbée par la peau au fil des jours qui suivent la naissance. C’est un hydratant naturel qui protège des infections et permet de renforcer les défenses immunitaires. Alors, pourquoi s’en priver ?

J’ai aimé me sentir bien juste après l’accouchement

Une heure et demie après l’accouchement, je marchais et je me sentais bien. Un peu fatiguée, un peu dans un état second aussi, mais bien. Pas de déchirure, pas de complication, pas de problème. Dans les semaines qui ont suivi, j’ai eu une baisse de moral pendant trois jours. Mais j’étais loin du baby-blues qui peut être si difficile et violent pour certaines mamans. J’ai aussi eu une douleur dans le torse (du fait des poussées je pense. Oui, apparemment, je ne poussais pas au bon endroit !), mais c’est passé avec deux séances de kiné.

Ce que je ferai autrement : me préparer à « mieux vivre » la douleur

Aux premières contractions, j’étais vraiment sereine et heureuse que le travail commence enfin. J’avais téléchargé une application pour noter l’arrivée et l’intensité de chaque contraction (douce, moyennement forte, très forte, etc.), afin de suivre plus facilement leur évolution. Au bout de deux ou trois heures, j’ai inscrit les premières contractions « moyennement fortes ». Mais maintenant que je connais la suite, le degré « moyennement fort » me parait vraiment risible ! C’était peut-être l’équivalent de 5% de l’intensité des dernières contractions ! Autant dire que je n’avais jamais vécu ça (et jamais pensé le vivre !).

Donc, d’environ 10h du matin jusqu’à la naissance de notre fille un peu après 14h, j’ai été complètement dépassée par la douleur. Où étaient les bienfaits de mes séances d’haptonomie, de yoga prénatal et de méditation ? Deux choses seulement m’ont aidées sur le moment : les poings de notre sage-femme appuyant fortement dans le bas de mon dos et le chant un peu « tribal » très grave.

Malgré ça, j’ai quand même eu très, très mal. Même en sachant (intellectuellement) que la douleur était « normale » et nécessaire pour que mon corps se prépare et que notre fille puisse naître, je n’ai pas du tout réussi à l’accepter ou à la digérer sur le coup. Sur le coup, j’ai même pensé ne jamais avoir d’autre enfant.

Mais il faut croire que ces hormones qui effacent la mémoire existent, car nous aimerions avoir, un jour, un autre enfant. Je me préparerai donc sûrement grâce à d’autres aides à l’accouchement naturel, comme la méthode Bonapace ou l’hynonatal.

Aujourd’hui, ce que je garde précieusement comme souvenirs de cette naissance chez nous :

Des sensations uniques, des pires aux meilleures.

Le soutien inconditionnel de mon mari.

La présence rassurante, douce et respectueuse de notre sage-femme.

Et, par dessus tout, le toucher de mes mains tremblantes récupérant notre fille tout juste née, l’odeur de son petit corps, et le premier regard que nous avons échangé.