École Montessori, est-ce une bonne idée pour mon enfant ?

Est-ce si important pour mon enfant alors qu’il est encore petit ? Le prix de la scolarité est-il vraiment justifié ? Mon enfant ne grandira-t-il pas en marge de la société en allant dans une école alternative ?

Educatrice Montessori et maman d’une petite puce en âge d’aller à l’école, je me suis posée ces questions et j’ai entendu pas mal de sons de cloches (je ne parle pas des personnes…!).

J’avais donc envie de partager mon point de vue sur la pédagogie et sur son application dans les écoles Montessori françaises (et, je l’avoue, de tordre le coup à certaines idées reçues !).

Les enfants font ce qu’ils veulent !

Oui et non ! Comment ça ?

Dans une classe (ou « ambiance » dans le jargon Montessori), les enfants sont libres de leurs mouvements et de leurs choix, dans la seule limite du respect de l’autre et du matériel. Voila pour la punch-line.

Concrètement, ça veut dire quoi ? Ça veut dire qu’aucun adulte ne contraint un enfant à faire quelque chose en particulier, car l’enfant est perçu comme son meilleur guide. Alors que fait l’adulte ? Il est responsable d’offrir aux enfants un environnement adapté, de leur présenter des activités correspondant à leurs envies et capacités du moment, puis de se retirer en leur faisant confiance pour s’en « emparer » et en tirer ce dont ils ont besoin. L’éducateur peut aussi orienter un enfant pour choisir une activité s’il montre qu’il a besoin d’aide.

Il me semble important d’ajouter que cette liberté n’a de sens et d’utilité que parce que chaque enfant est autonome dans cet espace. Laisser un enfant « libre » dans un endroit non adapté, où il ne peut rien faire par lui-même, enlève tout intérêt à cette liberté.

De la liberté … … dans un cadre pertinent
Chaque enfant choisi l’activité qu’il souhaite faire… …parmi toutes les activités disponibles et déjà présentées par l’éducateur(trice). Il y a plus de 500 activités présentes dans une ambiance Montessori.
Pendant le temps qu’il souhaite… …sur des plages horaires d’un minimum de 2h30 le matin ou l’après-midi. Ce temps est volontairement long pour laisser le temps à chaque enfant de se concentrer sans être interrompu.
Un enfant peut ne rien faire de la journée… …sachant qu’un enfant ne fait jamais rien. Même quand on le pense passif, il observe, se repose ou encore réfléchit. Ces temps sont essentiels pour l’enfant.

« La seule vraie liberté pour un individu est d’avoir la possibilité d’agir de façon autonome. C’est la condition sine qua non de l’individualité. »

—Maria Montessori, L’enfant

Mon enfant apprendra-il la discipline et le respect dans un tel contexte ?

Maria Montessori pense que c’est grâce à la liberté donnée à l’enfant qu’il trouve lui-même le chemin de sa propre discipline intérieure. Que c’est en ayant assez d’espace, de temps, de liberté de choix et d’action dans un environnement pensé pour lui, qu’il peut faire l’expérience de ce qu’il apprécie, ce qui lui fait du bien, de ce qui lui fait du tort, et ainsi créer sa propre discipline. Chaque individu recherche constamment l’équilibre entre respecter ses besoins personnels et coopérer pour appartenir à une communauté. L’enfant, à qui on laisse assez de liberté, privilégie les comportements qui lui permettent de se sentir bien, seul et avec les autres.

Et bien sûr qu’il pourra, un jour ou l’autre, essayer de pousser, de casser ou d’abîmer. Et c’est normal. La suite va en grande partie dépendre de la réaction de l’adulte. Si l’adulte peut l’aider à construire le lien entre ses actes et leurs conséquences et lui proposer des outils pour réparer, l’enfant pourra developper ses capacités d’auto-régulation. Il aura aussi confiance en l’adulte (au lieu d’en avoir peur) pour demander de l’aide quand il ne se sentira pas capable de gérer par lui-même. A l’inverse, s’il se sent plutôt surveillé et dirigé, il en conclura sûrement qu’il vaut mieux faire les bêtises derrière le dos des « surveillants ».

En parfait exemple, notre fille semblait s’amuser (littéralement) à jeter au sol son verre (en verre bien sûr, Montessori oblige…). On a eu beau en parler, lui expliquer, essayer de comprendre ses raisons, les casses se sont réitérées…jusqu’à ce matin (véridique !). Elle est venue vers moi en me tendant délicatement son verre et m’a dit : « je te le donne, parce que je crois que je vais faire une petite bêtise ! ». Alors je me dis que ça valait le coup de quelques verres brisés pour en arriver à cette discipline et à cette confiance.

« Quand, il y a trente ans, dans la première Maison des Enfants, nos petits élèves, avec la plus grande simplicité, accomplirent presque un miracle, ils nous démontrèrent que le travail est une nécessité de la croissance aussi indispensable que l’aliment pour le corps, et que la liberté et la discipline ne sont rien d’autre que deux aspects de la même chose. »

—Maria Montessori, Les étapes de l’éducation.

Ils en profitent (financièrement), c’est hors de prix

La notion de coût est bien sûr relative, mais celle du profit, elle, peut être éclairée. C’est un sujet particulièrement marquant en France car le coût des écoles publiques est quasiment « invisible », car pris en charge via les impôts. Hors, la plupart des écoles Montessori en France sont dites « hors-contrat ». Cela signifie qu’elles ne disposent d’aucun financement provenant de l’Etat (cf les impôts). Certaines le sont par volonté d’indépendance, mais beaucoup le sont par défaut.

C’est donc seulement via les frais de scolarités que sont couverts tous les frais de fonctionnement de l’école : la location ou l’achat des locaux, leur entretien, le salaires des employés (sachant qu’un(e) éducateur(trice) touche généralement entre 1500 et 1800 euros net par mois) et le matériel et son entretien.

S’il existe de grandes différences de prix entre certaines écoles, c’est souvent lié au montant du bail de location (entre une école située au milieu de la Dordogne ou en plein Paris, on comprend vite la différence). Mais ça peut aussi être lié à la volonté de la direction de rémunérer différemment les équipes ou d’apporter plus de moyens et d’attention au matériel présent.

Après Montessori ? C’est compliqué pour les enfants d’intégrer un système classique…

Comme on ne vit pas au pays des bisounours, oui, un changement d’environnement, de lieu, de règles et façon de fonctionner peut être compliqué ou désagréable pour un enfant, surtout pour aller vers un système plus coercitif.

Et comme on n’a pas encore la chance, en France du moins, d’avoir de nombreuses écoles élémentaires, collèges et lycées Montessori pour proposer une réelle continuité pédagogique, alors oui, il y a de fortes probabilités pour qu’un enfant qui passe par une école Montessori change d’environnement au long de son parcours scolaire.

Ceci dit, hauts les coeurs, c’est le moment de la bonne nouvelle ! Un des grands objectifs du travail et de la vie en école Montessori est d’aider chaque enfant à s’adapter à son environnement (même changeant). Comment ? En lui permettant d’expérimenter et d’essayer par lui-même dans un environnement stimulant et adapté à ses besoins. Il trouve ainsi ses propres solutions aux problèmes rencontrés, soit tout seul soit en demandant de l’aide (car la coopération est possible et n’est pas assimilée à de la triche…). Le résultat : il développe une solide confiance en lui (la confiance en ses compétences), confiance en l’autre (l’autre n’est pas mon rival et - breaking news - il peut même m’aider !), et son estime de lui (la connaissance de ses propres besoins et les moyens d’y répondre).

Et, cerise sur le gâteau, c’est surtout au cours des premières années de vie que notre personnalité et notre vision (et sentiment) sur le monde se forgent. Commencer une scolarité dans un tel environnement me semble donc largement valoir « le coup » d’un possible changement par la suite.

Ce n’est pas essentiel si petit. Il vaut mieux investir dans les études plus tard.

Au vu du paragraphe précédent, vous aurez compris que si, c’est essentiel. Mais allez, voici d’autres précisions juste pour vous !

Pour développer n’importe quelle compétence « scolaire », allant des bases de lecture, d’écriture et de numération, aux formes plus complexes que l’on rencontre dans les « grandes » études, il y a d’abord tout un panel de qualités et de compétences que l’enfant développe et qui sont les fondations mêmes de ses futurs apprentissages.

Parmi ces compétences, on retrouve l’attention, la patience, la persévérance, l’écoute, la capacité de prendre du recul, l’inhibition de comportements non adaptés à une situation et la créativité. Sans répéter encore une fois l’importance de la confiance en soi, de l’estime de soi et de qualités inter-personnelles comme l’écoute, l’entre-aide ou l’empathie, pour s’adapter à son environnement, se sentir responsable et simplement être bien dans ses baskets.

Et je crois vraiment qu’aucune école supérieure ne peut enseigner cela, quelque soit son classement LeFigaro. Essayer de developper ces qualités essentielles chez un adulte (ou jeune adulte) demande un effort considérable, car ça implique de changer tout un système de fonctionnement profondément encré.

S’il faut choisir, il me semble donc plus bénéfique de concentrer ses efforts pour proposer un environnement qui vise à développer ces qualités pendant l’enfance.

« La partie la plus importante de la vie n’est pas celle qui correspond aux études universitaires mais bien la première, celle qui s’étend de la naissance à 6 ans, parce que c’est précisément pendant cette période que se forme l’intelligence, le grand instrument de l’Homme, mais aussi l’ensemble des facultés psychiques. »

—Maria Montessori, De l’esprit absorbant.

Est-ce que c’est adapté à tous les enfants ?

Je suis persuadée que la pédagogie l’est, car elle est basée sur les besoins et caractéristiques communes et universelles des enfants. Ensuite, dans son application pratique, j’ai vu des enfants se sentir très bien, et d’autres moins bien. Pourquoi ? Car viennent s’ajouter de nombreux facteurs liés à l’espace et au temps dans lesquels est appliquée la pédagogie, en bref, à l’imprévisibilité de la vie : les adultes (et leur façon d’appliquer la pédagogie), les autres enfants présents, le lieu (et la présence, par exemple, d’un espace extérieur), les horaires et la gestion des transitions, etc.

Chaque école est unique, et chaque enfant aussi. Si on veut vraiment savoir, le seul moyen, un peu comme pour tout autre chose finalement, est d’essayer !